30 novembre 2017

S'amuser ?

FIJ, Cannes, 2015.

  Quand on parle de jeu, c'est souvent la première idée qui nous vient, on est là pour s'amuser, pas pour se prendre la tête. L'idée que s'amuser, c'est pas se prendre la tête, est assez paradoxale, parce que chacun fixe ses propres limites. On l'a vu en parlant de la pyramide de l'engagement.
  Perso, j'ai toujours eu du mal avec l'expression se prendre la tête. Je sais jamais si ça veut dire "faire un truc chiant" ou "réfléchir de trop". Il y a l'idée qu'on est envahi de trucs chiants, comme le travail, qu'on nous pousse à réfléchir sans arrêt et qu'il faudrait décompresser de temps en temps. Perso, j'ai du mal avec cette idée. Peut-être parce que j'aime réfléchir, parce que mon boulot n'est pas chiant, parce qu'il ne mobilise qu'une toute petite partie de mes facultés intellectuelles. Du coup, je fais partie de ces gens qui adorent se prendre la tête, et prendre la tête aux autres, mais seulement sur les trucs que j'aime.
  Quand je vois un film, quand je lis un livre, quand je joue à un jeu vidéo, à un jeu de rôle ou à un jeu de plateau, je me prends la tête. Et toi aussi. Au moins en tâche de fond. On a tous des attentes et un horizon culturel.
  Si je vais à une soirée, que je m'attends à ce qu'il y ait de l'alcool et qu'il y en a pas, je vais être déçu, et je vais pas m'amuser pareil. Voilà pour mes attentes.
  L'horizon culturel, c'est ce que je sais du monde. Si je vais à une soirée et que tout le monde parle allemand, je vais rien comprendre, et je vais pas m'amuser du tout. Voilà pour mon horizon culturel.
  Les attentes et l'horizon culturel se répondent mutuellement. Et elles sont différentes d'un individu à l'autre. Quand je vais voir un western, je m'attends à ce que le film respecte les codes du genre, mais je n'ai qu'une idée vague des codes du genre. Une fan de western n'aura pas les mêmes attentes, ni le même horizon culturel. La moindre référence va lui rappeler tel ou tel film et elle saura profiter d'un clin d'œil du réalisateur, au point de se sentir en connivence avec lui. Elle ne s'est pas pris la tête, mais si elle m'explique tout ça, elle va peut-être me prendre la tête. Mon cerveau va vite saturer devant la masse d'information, évidentes pour elle.
  Les attentes et l'horizon culturel fixent ce que j'appelle le ticket d'entrée. Pour le fan de western, le ticket d'entrée n'est pas élevé. Pour moi, il l'est un peu plus. Pour quelqu'un qui n'a jamais vu de western, il l'est un peu plus. Et pour quelqu'un qui ne serait jamais allé au cinéma, qui n'aurait jamais vu de film, le ticket d'entrée reste inaccessible.
  C'est pareil en jeu. D'un jeu à l'autre, d'un individu à l'autre, le ticket d'entrée n'est pas le même, et ça va beaucoup jouer sur la façon dont je m'amuse. On pourrait croire que plus le ticket d'entrée est élevé, moins c'est fun et, à l'inverse, que plus le ticket d'entrée est bas et plus c'est fun. Mais c'est pas aussi simple.
  Moi et toi, on a besoin de notre dose, ce qu'il nous faut pour trouver du fun. Si elle est trop élevée, tu feras une overdose, et tu laisseras tomber le jeu. Si elle est trop faible, ça te fera rien, et tu laisseras tomber le jeu aussi. La bonne dose varie d'un individu à l'autre, mais aussi d'un moment à l'autre.

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